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Mardi 3 janvier 2006 2 03 /01 /Jan /2006 23:43

Le Président de la République, dans ses voeux aux français le 31 décembre, a exprimé « vouloir ouvrir le chantier de la réforme du financement de la protection sociale » et d’expliquer « Aujourd’hui, plus une entreprise licencie, plus elle délocalise, et moins elle paye de charges. » « Il faut que notre système de cotisation patronales favorise les entreprises qui emploie en France


Voilà des propos qui peuvent être interprétés comme un encouragement à travailler sérieusement sur le concept de « TVA sociale » qui, rappelons-le, consiste à transférer une partie des charges sociales des entreprises, payées par les clients, vers une « TVA sociale » payée elle aussi par les clients. L’intérêt vient du fait que la « TVA sociale » ne s’appliquant pas aux exportations les facilite et s’appliquant aux importations contribue à faire financer notre protection sociale par les fruits des produits importés et notamment ceux issus des entreprises délocalisées. Ainsi, les produits conçus en France sont plus facilement concurrentiels de ceux élaborés dans des pays à faible coût de main d’œuvre.

Aujourd’hui une entreprise qui a 1000 salariés en France paye mille charges sociales alors qu’une entreprise qui a vingt salariées en France et 980 à l’extérieur n’en paye que … 20 !

C’est d’ailleurs ce même principe qui était au programme de la Chancelière allemande Angela Merkel et qui va s’appliquer sous une forme diluée - coalition oblige - en Allemagne.

Jean Arthuis, le Président de la Commission des Finances du Sénat et ancien Ministre de l’Economie et des Finances, favorable depuis longtemps à la « TVA sociale », a considéré la déclaration du Président de la République comme « tout à fait prometteuse ».

Le président de la CFTC, Jacques Voisin, considère à ce sujet que « il faut que ces questions soient négociées entre partenaires sociaux ». Sur des sujets aussi importants, il me semble même qu’il serait essentiel que des citoyens regroupés en « Comité Consultatifs de Citoyens » participent - à titre consultatif - aux débats. Sinon, les citoyens syndiqués seraient surreprésentés par rapport à ceux qui ne le sont pas.


Par Philippe Rodet - Publié dans : Nouvelles récentes
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Commentaires

Des idées qui hantent depuis plus de dix ans le débat politique


L’instauration d’une « TVA sociale » ou la réforme de l’assiette des cotisations sociales font partie de ces idées qui resurgissent à intervalles réguliers dans les couloirs du Parlement ou des partis politiques. En ouvrant, le 31 décembre, à l’occasion de ses vœux aux Français, le chantier de la réforme du financement de la protection sociale, Jacques Chirac a relancé le débat. « Aujourd’hui, plus une entreprise licencie, plus elle délocalise et moins elle paie de charges, a insisté le président de la République. Il faut que notre système de cotisations patronales favorise les entreprises qui emploient en France. »


Jean Arthuis, ancien ministre et sénateur UDF, a immédiatement vu dans les propos du chef de l’État un coup de pouce à l’idée de « TVA sociale », qu’il défend inlassablement depuis 1993. En mars 1994, dans le contexte de sa campagne présidentielle, Jacques Chirac avait d’ailleurs évoqué l’hypothèse d’une baisse des charges sur les salaires par le biais « soit d’une CSG, soit d’une TVA sociale, soit de l’une et de l’autre ».


La mesure ne fait toutefois pas l’unanimité à droite. Au sein même de l’UDF, Jean Arthuis et Charles de Courson s’opposent à intervalles réguliers sur le sujet. Tandis qu’à l’UMP, la TVA sociale n’est publiquement défendue que par le sénateur Philippe Marini et le député Nicolas Dupont-Aignan – candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2007. L’idée a, en outre, reçu, en novembre 2004, le soutien de Philippe Séguin. « On frappe ce qui entre et pas ce qui sort : c’est tout bénef’ », avait résumé celui qui s'exprimait en tant que président du conseil d'administration de l’Organisation internationale du travail (OIT).


Proche de Nicolas Sarkozy mais gardant sa liberté, puisqu’il a par exemple voté contre le projet de Constitution européenne, Philippe Marini a été l’auteur, en novembre 2003, d’un rapport parlementaire sur les prélèvements obligatoires ouvertement favorable à l’instauration d’une TVA sociale, « autrement dit la substitution de recettes de TVA à des recettes provenant des cotisations sociales ». Il y explique notamment qu’une telle mesure « serait de nature à enrichir le contenu de la croissance en emploi ».


Pour le reste, la droite y est plutôt hostile. Lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2006, le gouvernement, par la voix de Jean-François Copé, porte-parole et ministre délégué au budget, s’est, en effet, opposé au Sénat à deux amendements visant à créer une TVA sociale en pointant le risque d’une « spirale inflationniste ». L’idée avait déjà été enterrée à deux reprises par un premier ministre de droite : Édouard Balladur en juillet 1994 et Jean-Pierre Raffarin en mai 2004.


Le plus fermé à la TVA sociale semble, depuis 1993, Alain Madelin. Dans sa Lettre des libéraux du 21 octobre 2005, l’ancien ministre explique ainsi qu’« après les alchimistes de gauche qui pensaient en finir avec le chômage, avec les 35 heures et la transmutation du temps de travail, voici les alchimistes de droite qui pensent lutter contre les délocalisations et le chômage grâce à l’alchimie fiscale de la transmutation des charges sociales en TVA ! »


À gauche, les partisans d’une TVA sociale sont encore moins nombreux. Lors du dernier congrès du PS, en novembre 2005, seule la motion présentée par le sénateur Jean-Marie Bockel y était favorable. Quant à Dominique Strauss-Kahn, qui semblait un moment sur cette ligne, il ne ferme pas le débat mais dénonce sur son site Internet « un facteur d’injustice » car « tous les consommateurs sont taxés de la même manière quel que soit leur revenu ».


L’idée d’asseoir les cotisations sociales sur la valeur ajoutée plutôt que sur la masse salariale est, en revanche, défendue par plusieurs ténors du PS. Elle a été lancée en 1997 par l’aile gauche du parti, Henri Emmanuelli en tête. En 1998, un débat avait opposé deux membres du gouvernement de Lionel Jospin : Martine Aubry, favorable à la mesure, et Dominique Strauss-Kahn, hostile à cette idée. Le premier ministre avait alors tranché en faveur de ce dernier et enterré l’affaire après avoir demandé un rapport à l’économiste Edmond Malinvaud. En octobre 2001, Bernard Kouchner, ministre délégué à la santé, a toutefois été obligé de réaffirmer la position du gouvernement de gauche en s’opposant à un amendement du député PS Alfred Recours.


Mais, depuis que la gauche est revenue dans l’opposition, l’idée d’asseoir les cotisations sociales sur la valeur ajoutée a resurgi. Elle a ainsi fait l’objet, depuis 2002, de plusieurs amendements de parlementaires PS et Verts, et elle figure dans la motion majoritaire de François Hollande au dernier congrès.


À droite, seul François Bayrou a publiquement évoqué cette hypothèse. Dans les mois qui viennent, le président de l’UDF devra toutefois trancher entre les différentes pistes qu’il a avancées pour alléger le coût du travail : TVA sociale, utilisation de la CSG, taxe sur l’énergie, « cotisation sociale universelle » fondée pour l’entreprise sur la valeur ajoutée ou « contribution sur les échanges financiers » dite « taxe Tobin sociale ».


Laurent de Boissieu
La Croix, 04/01/2006


 

Commentaire n°1 posté par LdB le 04/01/2006 à 14h17

Je note que tous les adversaires de ce projet particulièrement intéressant soulignent des risques pour la consommation et l'injustice sociale liée à une augmentation de TVA. C'est sans doute lié au nom que l'on donne à l'idée de "TVA sociale", et à la nature de la proposition Arthuis.


En réalité, il s'agit d'un nouveau prélèvement social dont l'assiette est celle de la TVA. Le niveau et la modularité des taux peut faire l'objet d'un débat pour optimiser ses effets positifs et limiter ses effets pervers. C'est ce que j'essaie de faire dans mon billet : http://etmaintenant.over-blog.com/article-1522908.html


Je serai ravi d'avoir votre point de vue sur ces propositions.

Commentaire n°2 posté par Fred le 05/01/2006 à 16h15

La question de fond est : que peut on faire pour donner du travail à une partie de la populaton à bas niveau de qualification, quand le Smic est à 1200€ + charge patronales. Et que les chinois (entre autres, mais ils sont au coeur de l'actualité) fond le même travail pour 20 à 30 fois moins. N'oublions pas que tout citoyen a 2 casquettes : il est travailleur, et demande donc à ce titre un emploi, et une rémunération maximum. Il ne s'interesse pas à ce stade à l'impact de son salaire sur les prix des produits français. Puis, son travail terminé, il va faire ses courses, et exerce à ce moment une pression forte sur les prix, qui favorise les produits importés de pays à bas coûts de main d'oeuvre. Il cré donc les conditions de la délocalisation de la production, et donc de la perte de son propre emploi, et donc de l'augmentation des coûts sociaux, qui doivent être financés par une augmentation des charges sociales, qui augmentes le coût du travail, etc...


C'est un cercle vicieux dont aucun gouvernement, de la Gauche à la Droite, n'a réussi à sortir depuis 25 ans. Les anciennes méthodes pour artificiellement doper la compétitivité des produits locaux sont aujourd'hui hors de portée (droits de douane ou/et dévaluation compétitives). Que reste t il ? Rien.


donc pour moi, les débat sur le caractere injuste (c'est vrai) de la TVA, sociale ou fiscale, sont des débat d'arriere garde. Le plus injuste, c'est de ne pas avoir de travail, de ne pas avoir de perspectives d'avenir, d'ascensseur social. Et il ne faut pas se voiler la face : les emeutes de l'automne, c'est une vrai crise de société. Nous avons en France (5eme puissance economique de la planete... pour l'instant), une frange de la population qui vit sans espoir pour l'avenir. Ne pas regarder cela en face, c'est créer les conditions d'un séisme social prochain. Et ce n'est pas l'Etat d'urgence qui solutionnera la situation.


En conclusion, je crois que la France est à un stade où il faut arreter de placer en première ligne les approches idéologiques (justice sociale, etc...) et mettre en place de nouvelles solutions. La TVA sociale est séduisante sur le papier en terme de compétivité du travail local. Et cette compétivité est facteur d'emploi, donc de développement et de justice. elle pose en revanche un problème basique d'inflation, sauf à taxer également les EXPORTATIONS françaises. Ce qui réduit alorsen partie le gain de compétivité de nos produits sur les marchés internationaux.


Il est temps de poser publiquement le débat. J'espère que 2007 sera l'occasion d'en discuter. Mais avant de parler de redistribution et de justice sociale, parlons de création de richesses, et mettons en place les conditions de cette création. On en est loin aujourd'hui, et ce sont les plus fragiles qui en souffrent le plus.

Commentaire n°3 posté par Philip le 05/01/2006 à 23h34

Pour une  « TVA sociale » remplaçant (progressivement) les cotisations sociales.

 



 

 



L’objectif est d’alléger les charges salariales en reportant une partie du financement de la protection sociale sur la valeur ajoutée des entreprises : baisse des cotisations sociales contre hausse de la TVA.

 



 

 



Les avantages sont séduisants : baisse du coût du travail, taxation des produits importés au profit de la Sécurité sociale…

 



 

 



Mais plusieurs questions se posent. Quelles seront les conséquences sur les entreprises innovantes qui verront paradoxalement leurs coûts s’alourdir ? La compétitivité des entreprises françaises s’améliorera-t-elle réellement ? Quelles seront les conséquences sur le pouvoir d’achat des français ? Des recettes vont-elles échapper au fisc ?

 



 

 



En premier lieu, il faut préciser que la baisse des cotisations sociales doit se faire sur la part patronale et non sur la part salariale. En effet, baisser la part salariale n’apporterait aucun avantage pour nos exportations… et léserait les retraités et tous les non-salariés. Les entreprises devront donc gérer la variation des deux paramètres.

 



 

 



Pour comprendre le mécanisme et ses conséquences, prenons l’exemple simpliste d’un produit moyen « made in France » coûtant 100 euros hors taxes dont 50 euros de salaires et charges sociales (généralement répartis sur plusieurs entreprises suivant le procédé de fabrication). Ce produit est aujourd’hui vendu 119,60 euros TTC. Si ce produit est représentatif de la moyenne nationale, son prix de vente ne changera pas. Avec 3 % de TVA sociale (dans un premier temps) et une baisse équivalente des charges sociales patronales, son nouveau prix sera constitué de 47 euros seulement en salaires et charges sociales, soit 97 euros hors taxe, plus 22,6 % de TVA. Le total est bien identique à 119,60 euros TTC.

 



 

 



Un produit importé, payé aujourd’hui 119,60 euros, augmenterait à 122,60 euros. Le consommateur aura tendance à préférer les produits français. Un produit exporté aujourd’hui à 100 euros hors taxes verra son prix baisser à 97 euros, renforçant sensiblement la compétitivité des produits français sur les marchés internationaux.

 



 

 



Les produits à forte teneur en main d’œuvre seraient encore plus avantagés. Si la part des charges salariales représente 75 % du prix hors taxe, le prix TTC baisserait à 117 euros dans notre exemple précédent.

 



 

 



Les produits à faible teneur en main d’œuvre, produits « innovants », seraient-ils pour autant désavantagés ? Toujours avec le même exemple, leur prix augmenterait à 120,80 euros TTC. Mais ceci ne devrait pas sensiblement affecter leur marché pour plusieurs raisons. D’une part ils gagnent deux points de compétitivité par rapport aux produits importés, d’autre part ils sont peu sensibles au prix et ne sont pas en concurrence avec des produits à forte teneur en main d’œuvre, et enfin les gains de productivité de ce secteur devraient être suffisant pour annihiler toute hausse.

 



 

 



De plus, quels sont ces produits à « faible teneur en main d’œuvre » ? Soit des produits à faible teneur en main d’œuvre… française (nombreux composants importés), soit des produits dans lesquels une part très importante de la VA revient aux rentiers (intérêts des capitaux investis, dividendes…).

 



 

 



Quelle que soit la teneur en main d’œuvre des produits français, leur compétitivité s’améliorera tant sur le marché français que sur le marché international. Ceci est de nature à soutenir l’emploi en France, voire à soutenir l’investissement dans une économie regagnant en compétitivité. Notons, sur le marché français, que les écarts de prix générés seraient relativement mineurs par rapport à l’évolution des prix par catégorie de produits.

 



 

 



Alors quels sont les intérêts des opposants à la TVA sociale ? Maintenir leurs rentes, saper la compétitivité française pour mieux profiter du démantèlement de son outil de production, voire défendre des intérêts étrangers ?

 



 

 



« Les Échos » du jeudi 5 janvier 2006 rapporte les craintes exprimées par Edmond Malinvaud en 1998 concernant un effet sur l’emploi « faible » et « lent à se réaliser », voire « nul dans le cas où le taux de chômage devrait connaître par ailleurs une décrue prolongée ». Avec 3,78 millions de demandeurs d’emploi (en octobre 2005 toutes catégories confondues), il me semble malsain de repousser une mesure en faveur de l’emploi, aussi « faible » serait-elle. Ce même article rapporte les faiblesses de cette mesure, avancées par le rapport Chadelat publié en… 1997 : ralentissement de l’investissement, « pénalisation des secteurs soumis à la concurrence internationale et délocalisables » et « possibilités d’évasion [fiscale] accrue ». Nous avons déjà vu qu’il est peu probable que les investissements fuient un pays devenant plus compétitif et que les délocalisations perdraient une partie de leur intérêt. Quant à l’évasion fiscale, gageons que si cette mesure devait encourager les ventes non déclarées sur des marchés parallèles, elle encouragerait au contraire à déclarer une part du travail au noir, ce qui contribuera à améliorer les conditions de travail de personnels très précaires.

 



 

 



« Challenges » du 5 janvier 2006 rapporte les craintes de Patrick Artus, directeur des études économiques d’Ixis. Celui-ci met en avant les fluctuations de l’euro face au dollar qui pourraient anéantir les gains de compétitivité de cette mesure pour la France. M. Artus préfèrerait s’en remettre aux spéculateurs plutôt qu’à la politique économique… C’est navrant. Comme la conclusion de l’article : « d’une façon ou d’une autre, c’est le travail, créateur de richesse, qui est taxé. » Hé bien non, justement. Élargissons l’assiette de la taxation d’une part au travail réalisé à l’étranger et consommé en France, et d’autre part aux revenus du capital.

 



 

 



Mme Parisot, présidente du MEDEF, oppose pour sa part un taux de TVA déjà très élevé. Rappelons que le remplacement d’une part des cotisations sociales par une TVA sociale se fait sans modifier le taux des prélèvements obligatoires. Et que la création d’une taxe sociale est autorisée par les lois européennes.

 



 

 



Je pense personnellement qu’un remplacement progressif des cotisations sociales par une TVA sociale est de nature à redonner confiance aux ménages et aux entreprises, donc à soutenir la croissance et l’emploi en France.

Jean-Claude Lemaire - Professeur d'économie gestion

 


Commentaire n°4 posté par jean-claude lemaire le 08/01/2006 à 12h53

Acteurs

Cyril Cortina :  Diplômé de l’ESCP-EAP, directeur dans un cabinet de conseil en management et nouvelles technologies

 

Alain Grandjean : Polytechnicien, conseil de dirigeants, co-auteur de "La monnaie dévoilée"

 

 

Jacques Groleau : Chef d'entreprise

Bertrand de Kermel : Président du "Comité Pauvreté et Politique"

Yann Loupp : Normalien, professeur de Physique, animateur du blog.

Philippe Rodet : Médecin urgentiste, président de "L'Elan Nouveau des Citoyens"

Emmanuel Vasseneix : Chef d'entreprise, membre du bureau du C.J.D. (Centre des Jeunes Dirigeants)

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